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Les livreurs à vélo se protègent tant bien que mal du virus

Malgré la fermeture des restaurants, de nombreux coursiers à vélo continuent de livrer durant le confinement. L’aide fournie par les plateformes qui les emploient semble assez limitée, alors les livreurs font avec les moyens du bord.

Quand on demande à Yassine*, livreur à vélo pourquoi il travaille encore malgré le confinement, il annonce mi-amusé, mi-gêné : « Je n’ai pas trop le choix, il faut bien que je paye mon loyer. » Les livreurs à vélo étant des auto-entrepreneurs, et non des salariés, ils ne sont pas éligibles au chômage partiel. Même si le risque sanitaire est élevé, ils doivent continuer à travailler s’ils veulent toucher un salaire. En cas de contamination, ils perdent la totalité de leurs revenus : « On ne peut pas vraiment se permettre de tomber malade !», philosophe Yassine.

Désormais, les courses du jeune Parisien de 21 ans sont rythmées par de nouvelles règles, imposées par la situation sanitaire : « On n’a plus le droit de rentrer dans les restaurants pour récupérer les plats, on doit absolument désinfecter notre matériel entre chaque course, laisser les commandes en bas des immeubles et demander aux clients de les récupérer sans monter. » Des conseils transmis par Deliveroo, pour qui Yassine livre maintenant depuis un an, six jours par semaine en moyenne.

Un exemple des recommandations envoyées par Uber Eats à ses livreurs le 24 mars.

Pas de matériel directement distribué

Ces impératifs ne sont pas toujours simples à respecter du fait des cadences imposées par les applications : « Si on perd trop de temps à nettoyer notre matériel, on fait moins de commandes dans la soirée. » Le jeune homme affirme tout de même s’y astreindre systématiquement, comme beaucoup de ses collègues. L’entreprise n’a encore fourni aucun matériel de protection directement, et remboursait seulement les achats réalisés par ses coursiers, dans la limite d’un forfait de 25 euros.

Mais les premiers jours du confinement, impossible de trouver des produits d’entretien ou des masques dans les pharmacies. Les stocks étaient en effet réservés au  personnel soignant. Yassine fait donc avec les moyens du bord. Le jeune homme a dégoté un masque anti-pollution destiné aux cyclistes, qu’il portait pendant ses livraisons, avec des gants en latex. Il a finalement trouvé une boîte de 50 masques chirurgicaux mi-avril.

230 euros pour deux semaines d’arrêt

Deliveroo leur promet bien une allocation en cas de contamination, mais celle-ci est liée à des conditions de revenus (il faut avoir gagné au minimum 130 euros hebdomadaires durant les quatre semaines précédant la contamination). Cette compensation s’élèverait à 230 euros pour deux semaines d’arrêt, selon des informations communiquées par le Collectif des livreurs autonomes de Paris (un syndicat de coursier à vélo), soit à peine un tiers du smic.

Prise en charge de Deliveroo pour les livreuses et livreurs contaminé.e.s par le COVID 19 :230 € pour 14 de déconnexion16,43 € / jours"YOUPIIII" 😒(les stats ne sont pas impactées)

Gepostet von CLAP am Freitag, 20. März 2020

Les entreprises de livraisons de repas à domicile ont néanmoins très vite communiqué sur la santé de leurs livreurs, notamment pour rassurer les clients. Dans un mail, le service de communication de Uber Eats nous a affirmé rembourser « tout achat de produits sanitaires, tels que le gel hydroalcoolique, les lingettes désinfectantes et les gants jetables » de ses coursiers. Le déconfinement approchant, distribuera également 225.000 masques à ses livreurs jusqu’au déconfinement, le 11 mai prochain. Deliveroo et les autres plateformes n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Une amélioration des conditions sanitaires

Une initiative qui a poussé Malcom* à enfourcher à nouveau son vélo. Ce coursier, qui travaille pour l’entreprise Uber Eats, à Aix-en-Provence, considère que l’environnement sanitaire est beaucoup plus sain qu’au début du confinement : « J’ai pu faire des réserves de masques, lingettes et gel hydroalcoolique dans une pharmacie. J’en ai eu pour 25 euros en tout. » Une somme qu’il espère se faire rembourser par Uber Eats. Mais c’est un autre sujet qui préoccupe désormais Malcolm : « C’est très difficile de faire du vélo avec un masque. On a beaucoup de mal à respirer. Donc je l’enlève lorsque je roule. Je le porte seulement pour prendre la commande et la livrer au client. » Une attitude qui rend forcément le port du masque moins efficace.

L’Aixois de 25 ans, livreur occasionnel, avait pris la décision radicale d’arrêter de travailler, à cause du risque de contamination trop élevé : « J’ai fait ma dernière livraison le soir de l’annonce du confinement. Je ne voulais pas mettre la vie de mes proches en danger. Il y a des personnes âgées qui vivent dans mon immeuble, c’était trop risqué. » Alors qu’il est à nouveau au travail, Malcolm n’appréhende pas vraiment les contacts qui vont se multiplier au moment du déconfinement. Le jeune homme fait preuve de fatalisme : « J’ai bien l’impression que l’on va devoir apprendre à livrer avec le virus… »

*Le prénom a été modifié

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