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Comment sont distribués les produits des petits maraîchers?

Dans le Doubs, « Le Jardin de Maé » s’est mis au drive. Murielle Forgard

Avec la fermeture des marchés et des restaurants, les petits producteurs risquent de perdre gros. Dans toutes les régions de France, des agriculteurs, des clients ou des collectivités redoublent d’efforts pour maintenir leur activité.

Pour garder sa clientèle, Murielle Forgard, productrice de fruits et légumes au « Jardin de Maé », à côté de Montbéliard (Doubs), a revu ses pratiques de vente. Les clients doivent maintenant passer commande sur les réseaux sociaux, par mail ou par téléphone. Puis, il récupèrent leurs achats en voiture, en respectant les gestes barrières et la distance de sécurité. 

Les initiatives comme celle-ci foisonnent depuis le début du confinement. Drive fermier, collectifs de voisins, paniers bio et « circuit-court » à commander en ligne… Autant de petites résistances au quasi-monopole dont jouit la grande distribution pendant l’épidémie. En effet, la fermeture de la majorité des marchés, des cantines et des restaurants profite à ce secteur, dont le chiffre d’affaires a bondi de 22% les quatre premières semaines de confinement, selon l’IRI (information resources inc), une agence d’étude privée.

Pour survivre face aux mastodontes de l’industrie agro-alimentaire, l’information est cruciale. Une carte collaborative recense les initiatives qui permettent à la fois de soutenir les producteurs et de se nourrir de produits plus respectueux de l’environnement. Créé par des journalistes culinaires, « Le marché vert » répertorie déjà plus de 1500 points de vente.

En dehors des circuits de la grande distribution, les plus petits producteurs doivent trouver les moyens de maintenir leur activité. Au « Jardin de Maé », Murielle Forgard cultive depuis deux ans des fruits et légumes en permaculture. Avec ses trois hectares, cette ancienne enseignante en lycée agricole vend habituellement une petite partie de sa production aux restaurants. Côté trésorerie, la disparition de cette partie de la clientèle devrait se fait sentir. « Cette année, cela pénalisera le chiffre d’affaires », explique-t-elle. Toutefois, Murielle Forgard se montre sereine. Elle continue de vendre, sur place, les récoltes de sa jeune exploitation à des particuliers.

Succès des drive fermiers

À proximité de la ville, le système de drive qu’elle a mis en place permet aux Montbéliardais adeptes du bio de maintenir leurs habitudes de consommation. Elle se félicite même de gagner une nouvelle clientèle. « Les clients ne veulent pas aller trop loin de chez eux pour continuer à mieux consommer. Je ne sais pas si c’est à cause du confinement, mais je sens une forte entraide entre producteurs, mais aussi avec la clientèle », s’enthousiasme-t-elle.

Les clients doivent commander à l’avance, avant de récupérer leur cagette de produits locaux et biologiques. Murielle Forgard

Une initiative similaire a vu le jour dans les Bouches-du-Rhône, à Sénas, où la mairie pallie elle-même la fermeture du marché en organisant un « drive fermier ». Les Sénassais passent commande auprès des maraîchers par téléphone ou via un site dédié. Ils récupèrent ensuite leurs paniers tous les samedis. Une petite productrice de fraises, d’asperges et de salades se déclare satisfaite de l’initiative. « On maintient notre clientèle locale, mais beaucoup de gens extérieurs à la ville ne peuvent pas venir à cause du confinement », explique-t-elle.

Solidarité des restaurants

Parfois, les restaurateurs viennent eux-mêmes au secours de leurs fournisseurs. C’est le cas de Julian Maiuri, chef du restaurant Mieux, situé dans le IXe arrondissement de Paris. Malgré la fermeture de l’établissement, il refuse de laisser dans la difficulté les agriculteurs dont il travaille les produits.

L’équipe du restaurant déploie ainsi toute son énergie pour aider son maraîcher, Valdemar Barreira, successeur de Joel Thiebaut, agriculteur apprécié des grands chefs. « C’était compliqué pour lui, car il ne vend pas à Rungis. 40% de ses produits sont destinés aux restaurants et le reste au marché », détaille Julien Maiuri. 

Le restaurant l’aide donc à livrer ses cagettes de légumes en Ile-de-France. Le temps du confinement, Julian Maiuri transforme son jardin personnel et le restaurant en points de vente. « Ça lui permet de ne pas avoir de pertes et de réguler, replanter, gérer son exploitation. » Ce geste de solidarité a également une vertu pédagogique. « Les gens découvrent de nouveaux produits comme la roquette sauvage et le chou pointu », s’amuse-t-il. Les restaurants ferment mais les légumes de l’exploitation ancestrale de Carrières-sur-Seine ne se confinent pas dans le sol.

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