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Peut-on être contaminé par le coronavirus en buvant l’eau du robinet?

L’eau du robinet, produit alimentaire le plus testé en France, polarise l’attention depuis le 19 avril. Publicdomainpictures

Le 19 avril, le laboratoire en recherche et développement de la régie municipale Eau de Paris a annoncé avoir détecté des traces de coronavirus dans le réseau d’eau non potable de la capitale. Est-il possible d’être contaminé par le coronavirus en buvant de l’eau courante ? Trois spécialistes nous répondent.

Les réseaux sociaux se sont enflammés face à cette annonce : des traces de coronavirus ont été découvertes dans l’eau non potable de Paris. Peut-on boire de l’eau du robinet ? Réponse avec Laurent Moulin -biologiste et directeur Recherche et développement au laboratoire Eau de Paris-, Yves Gaudin -virologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)- et Tristan Matthieu -délégué général de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E).

Des traces infimes de coronavirus ont été détectées dans l’eau non potable de la ville de Paris, de quoi parle-t-on exactement?

Laurent Moulin : Le laboratoire de la régie municipale a retrouvé des traces infimes de coronavirus dans quatre des vingt-sept points de prélèvements du réseau d’eau non potable de la capitale. Il faut bien comprendre que l’on a retrouvé des fragments de virus, à hauteur de mille « petits bouts de génome  par litre d’eau, il s’agit d’une concentration très faible. 

D’où viennent ces particules?

Laurent Moulin : Les malades du Covid-19 rejettent dans leurs selles des fragments de virus. Des analyses ont été faites dans les eaux usées. La concentration en ARN, ces fameux « bouts de génomes », était alors 3 000 à 5 000 fois supérieure à celle retrouvée dans le réseau d’eau non potable.

Comment fonctionne ce réseau?

Tristan Mathieu : Paris est unique en France. C’est la seule ville à disposer de deux réseaux d’eau totalement indépendants. Et il ne faut pas faire l’amalgame entre les deux. Le réseau d’eau non potable est constitué d’eau directement puisée dans la Seine, qui, après un filtrage grossier, est utilisée pour le nettoyage de rue, l’arrosage des parcs ou l’alimentation des fontaines. Ce n’est pas l’eau que vous consommez.

Ces particules de virus sont-elles infectieuses?

Yves Gaudin : Le SARS-CoV-2 étant récent, il est impossible de le dire avec certitude actuellement, mais c’est très peu probable. Ces traces de génomes ne sont pas suffisantes pour être infectieuses. Pour que le virus le soit, il faut que le génome soit présent dans la particule virale, avec les protéines et sa membrane virale. Par ailleurs le coronavirus se transmet essentiellement par voie respiratoire.

Peut-on imaginer, dans le pire des scénarios, que l’eau utilisée pour laver la voirie, pulvérisée sous haute-pression, se transforme en microgouttelettes et transmette le Covid-19?

Yves Gaudin : Là encore, c’est très peu probable. Quand le virus se transmet par microgouttelette, dans les conversations par exemple, le virus est extrêmement concentré. On ne connaît pas le nombre exact de particules nécessaire pour provoquer une contamination, mais il faut une charge virale importante. Dans l’eau qui est pulvérisée à Paris, on aurait au maximum une ou deux particules, ce n’est pas suffisant.

Laurent Moulin : Par ailleurs, la mairie de Paris a appliqué le principe de précaution et n’utilise plus le réseau d’eau non potable mais celui d’eau potable pour nettoyer les rues de Paris. Il n’y a donc aucun risque.

Les différentes étapes de traitement de l’eau potable. Observatoire nationale des services d’eau et d’assainissement

Le virus peut-il se retrouver dans l’eau du robinet?

Tristan Mathieu : Il faut bien comprendre que l’eau subit toute une série de traitements entre le moment où elle est puisée (dans les nappes phréatiques, les cours d’eau) et le moment où elle se retrouve dans votre robinet, prête à la consommation. Toutes les particules sont d’abord éliminées. Il y a un dégrillage, un tamisage et une filtration de plus en plus fine. On élimine ainsi plus de 90% de la matière en suspension. Il y a ensuite un traitement physique, effectué le plus souvent par membrane. On élimine alors toute particule allant jusqu’au nanomètre. Enfin il y a la désinfection par traitement UV ou à l’ozone. L’eau est alors parfaitement potable. On ajoute finalement un peu de chlore, pour que l’eau ne se dégrade pas dans les canalisations.

Laurent Moulin : Les traitements éliminent toutes les bactéries et tous les virus, vous pouvez continuer de boire de l’eau du robinet.

Tristan Mathieu : L’ARS et les opérateurs effectuent plus de 10 millions de tests par an sur l’eau du robinet. C’est tout simplement le produit alimentaire le plus testé en France.

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