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Les commerces de montagne fonctionnent grâce aux habitués

Les commerçants de Villard de Lans accueillent toujours les habitués. Jean-Paul Corlin/Wikimédia/2012

De l’épicier au fermier, en passant par le caviste ou la coopérative laitière, les commerçants du plateau du Vercors, en Isère, peuvent toujours compter sur les habitués malgré l’absence des touristes.

Si, selon une étude du cabinet PwC, la consommation en circuit court devrait être un des grands gagnants de cette période de confinement, cela ne se sent pas forcément dans les villages de montagne du plateau du Vercors. Pour les producteurs locaux et les commerçants, les ventes n’ont pas grimpé durant cette période. « Notre chiffre de ventes en boutique n’a pas changé », confie Antoine Rullier, caviste à Lans-en-Vercors.


Les trois villages évoqués dans l’article : Villard-de-Lans, Lans-en-Vercors et Engins.

Une explication à ce phénomène : les commerçants avaient déjà leurs habitués. En effet, l’étude de PwC révèle que la vente en circuit local pourrait grimper de 7% à la suite du confinement, mais cette pratique était déjà bien ancrée dans cette zone rurale. Les clients continuent à venir faire leurs courses là où ils avaient coutume de le faire et ce, même s’ils ne viennent pas du village. « Ma clientèle vient de tout le Vercors et les habitués de tout le plateau continuent à venir », confirme Antoine Rullier. 

Alain Francoz, fermier à Engins, village un peu plus excentré, tempère : « Les habitués enginois viennent toujours, mais ceux d’ailleurs moins. Du coup, on a une petite baisse de vente au magasin.» Le chiffre d’affaire de sa ferme n’a pas diminué pour autant : « Les magasins qui vendent les produits locaux nous en demandent plus. On a augmenté nos livraisons de ce côté-là. »

Les habitués des fromages de sa ferme trouvent ses produits dans ces magasins-relais, plus proches de chez eux. D’autres s’organisent : « Des consommateurs de Sassenage [commune de l’agglomération grenobloise] se sont organisés et passent de grandes commandes pour une vingtaine de personnes. Puis, l’une d’entre elles vient récupérer le colis pour tout le monde.»

Pas de touriste, mais pas d’agonie non plus

Néanmoins, le Vercors est une zone touristique. Et l’absence de touristes se fait sentir pour certains commerçants. A la coopérative Vercors Lait, Philippe Guillioud, directeur, explique que le chiffre d’affaires a baissé de 25% au mois d’avril par rapport à l’an passé, alors qu’il n’avait pas bougé en mars.

A la ferme des Rapilles, à Engins, on continue à produire au même rythme. Mathieu Brosseau

« Il y a plusieurs raisons à cela, mais c’est sûr que le magasin voit moins de clients. Il n’y a pas eu de touristes pendant les vacances de Pâques, alors que l’an passé il y avait eu du monde. Il n’y a plus non plus de visiteurs le week-end, si bien qu’on a dû fermer les dimanches. » Malgré cela, là-bas aussi, les habitués continuent de venir. Et même si le chiffre d’affaires est en baisse, la coopérative continue de bien tourner assure Philippe Guillioud. 

Alain Francoz fait le même constat. Sa ferme étant située sur la route reliant le Vercors à Grenoble, l’absence de trafic se fait sentir : « Il n’y a plus de touristes, ni de passage, donc les gens ne viennent plus jusqu’à Engins pour aller à la ferme. »

Si pour l’instant l’absence de touristes reste surmontable pour les commerçants, certains s’inquiètent tout de même pour l’été à venir. Comme Frédéric Fernandes, épicier à Villard-de-Lans : « Les mois de juillet et d’août, nos chiffres sont en hausse de 40 % normalement. Si on continue à faire nos chiffres de hors-saison actuels, il nous manquera quelque chose à la fin de l’année. Or dans notre secteur, l’affluence touristique est primordiale. »

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