Sous cloche
Se nourrir

Une semaine, une table: celle d’un caviste et d’une épicière

Tous les midis, les deux commerçants déjeunent ensemble, chacun sur son tonneau. Selma Riche.

Chaque semaine, Sous cloche s’installe à la table d’une ou plusieurs personnes, le temps d’un repas. Premier épisode de Une semaine, une table : au déjeuner avec deux commerçants montpelliérains : un caviste et une épicière.

« C’est pas bon ça ? », sourit Ludovic Delzenne au dessus de son assiette. Au menu ce jour, hachis parmentier « généreux » pour l’une, carottes et poivron farci pour l’autre, « farci au bonheur », précise-t-il. « Ludo », 49 ans, est caviste rue du Plan du Parc à Montpellier. Sa voisine, Anne-Sophie Faure, 42 ans, gère une épicerie bio en vrac. Depuis le début du confinement, tous les jours sans exception, « Anneso » et « Ludo » déjeunent ensemble, « mais pas avant 14 h », spécifie Ludo. Ils s’installent à leur place habituelle : sur des tonneaux devant la boutique, un mètre cinquante entre eux, mesure de précaution oblige.

Depuis huit semaines, les compères suivent une routine réglée comme du papier à musique : Anneso passe commande à Roch, le traiteur des Halles Laissac, qui les livre après son service. Elle lui dit ce dont elle a envie, parfois une salade légère, d’autre un plat chaud et gourmand comme ce hachis parmentier, et le traiteur compose avec ce qu’il a. La veille, s’était brochettes de canard au miel et patates au four. Ludo fait réchauffer les plats faits maison « dans le micro-ondes prêté par Clara, la chocolatière ».

« Avant, on mangeait chacun de son côté en face », explique Ludo. En face, c’est le restaurant L’Épicurien, contraint de fermer depuis le début du confinement. « Alors ce bordel, ça nous a rapprochés, ça a consolidé notre amitié », estime Ludo. Il déguste ses rondelles de carottes fondantes, s’arrêtant parfois de mâcher pour saluer un client qui leur lance des bons appétits sympathiques.

Au dessert, millefeuille et éclair au chocolat

Entre deux bouchées, les deux amis discutent boutiques, éducation et sexe. Sujet du jour : l’anniversaire de Clara, la chocolatière de l’autre côté de la rue, 50 ans le lendemain. Ludo décide qu’il va lui offrir une bouteille de champagne. De temps en temps, le poivron pendant au bout de la fourchette, il interpelle les automobilistes qui roulent trop vite dans la petite rue du Plan du Parc. Le caviste taquine l’épicière, qui le lui rend bien. « Regarde comme elle mange, déplore-t-il, en la pointant du doigt. J’ai pas encore touché à mon assiette qu’elle a déjà tout avalé ! – Elle a tout gobé plutôt », renchérit Anneso. Dans l’assiette de l’épicière, plus une miette du fameux hachis. Sa fille de 8 ans, sur ses genoux, en a subtilisé une bonne partie. À la fin du repas, c’est à elle de le réprimander : « Ludo tu n’as rien mangé ! ».

Une fois les fourchettes reposées, en toute sécurité, les deux commerçants se font servir le café par l’horloger de la rue. « Tous les jours, c’est lui qui nous offre le café, ajoute Ludo. Puis pour le dessert ou le goûter, ça dépend de l’heure, on va chercher un gâteau à la boulangerie L’Oeuf, à l’angle. » Aujourd’hui, éclair au chocolat pour Anneso, millefeuilles pour Ludo. Ludo rentre dans son magasin faire la vaisselle et lance en riant : «  On est presque comme un vieux couple… mais sans obligation ! »

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