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Le drive peut-il éviter la faillite aux producteurs corses?

Le drive remplace l'habituel marché. Photo : Pierre Savelli

Le drive remplace l’habituel marché. Pierre Savelli

À Bastia en Haute-Corse, la mairie a mis en place un « Drive des producteurs » pour répondre à la détresse des petits commerçants de l’île confrontés à la crise du coronavirus. Une initiative saluée par les bénéficiaires mais qui ne suffira pas à combler leur manque à gagner.

« On ne vend presque plus rien. J’ai fait moins 83 % au mois de mars », se désole Dominique Ceccaldi. Cette productrice de charcuterie fermière tient l’épicerie fine A Casana, située à Pietralba, dans la région ajaccienne. Contrainte de fermer ses portes le temps du confinement, elle livre toutefois à domicile sur une bonne partie de l’île. Elle participe également au « Drive des producteurs », une initiative de la mairie de Bastia pour aider les petits commerçants en difficulté durant la crise due au coronavirus. Pour sa première participation, la commerçante assure avoir eu cinq clients pour un total d’environ 350 euros. « C’est un début » se rassure-t-elle.

« Le Drive des producteurs » se tient chaque jour de la semaine le long de l’allée du 173e régiment qui longe la large place Saint-Nicolas, la plus importante de la ville de Bastia. La rue est divisée en trois voies pour les stands des producteurs, la circulation et le parking. Le drive fonctionne uniquement par réservation : les commerçants peuvent bloquer des créneaux d’une à trois demi-journées hebdomadaires en contactant la mairie. Un placier leur attribue ensuite l’un des 24 emplacements que compte le drive. De leur côté, les clients, automobilistes ou piétons, doivent impérativement passer commande auprès des producteurs avant de se rendre au drive.

Un mode de distribution pratique

« La demande est constante : on a eu 55 producteurs inscrits en une semaine et chaque jour, six à dix commerçants nous sollicitent », affirme Maxime Poli, manager de centre-ville à la mairie de Bastia. Il est à l’origine de cette initiative, avec l’adjointe au développement économique Linda Pipperi. « On a réussi à se débarrasser des lourdeurs administratives classiques. Dès qu’on a obtenu l’accord du maire, on a foncé. On a créé un site Wix* et une carte sur Google », se félicite-t-il.

Bastia n’est pas le seul endroit de l’île à être le théâtre de cette forme de commerce et le circuit court constitue un mode de distribution ancré sur ce territoire. D’après une étude de l’Agreste (organisme de statistique agricole du ministère de l’Agriculture) menée en 2010, il représentait entre 50 et 100 % des exploitations de l’île selon les localités, contre 18,5 % à l’échelle de la France métropolitaine. Créé en 2015 et assuré par une coopérative de producteurs bio, le « Drivulinu » (jeu de mots entre « drive » et « tragulinu » vendeur ambulant dans la Corse d’antan, ndlr), constitue à cet égard un exemple de succès. En croissance constante, il livre aujourd’hui les régions bastiaise et ajaccienne, ainsi que la plaine orientale.

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Un manque à gagner impossible à combler

Mais si pour certains producteurs, le drive de Batia représente une aide bienvenue, il est loin de compenser le manque à gagner induit par la fermeture des restaurants. « C’est à cette période que l’activité devait vraiment démarrer, avec les restaurants qui devaient ouvrir pendant la saison. Mais là, nous avons dû arrêter notre transformation fromagère et vendre notre lait à des transformateurs industriels », indique Jean-Marie Castellani, producteur de fromages et de viande au sein du groupement « Carne niulinca » (« Viande nioline » en langue corse. Le Niolu est une microrégion du centre-nord de l’île, ndlr). « Là, je vends mon lait environ 1,20 euros le litre. En temps normal, avec deux litres de lait je fais un fromage vendu 8 euros, sauf pour le brocciu que je vends 12 euros pièce », explique-t-il encore.

« Le drive de Bastia nous aide un peu, confesse-t-il. Ce matin j’ai vendu onze barquettes de veau pour environ 530 euros ». Pas de quoi écouler sa production : « Les enclos sont pleins et les veaux sont gras. » À la mairie de Bastia, les élus sont conscients de la gravité de la situation. « Il est fort possible qu’il y ait des fermetures », prévient Maxime Poli.

Mais pour les producteurs, le drive aura eu un avantage non négligeable. « J’ai touché une autre clientèle », reconnaît Jean-Marie Castellani. « Il y avait des habitués mais aussi des clients que je ne connaissais pas », témoigne quant à elle Dominique Ceccaldi. Tous deux appellent de leurs vœux une prolongation du drive à l’issue de la période de confinement. Une idée sur laquelle planche déjà la mairie de Bastia.

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