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Des bons pour sauver nos cuisines

Julien et Antoine Franchina sur leurs ordinateurs s'occupe de la gestion du site.

Avec leur site Je soutiens Gien, Julien et Antoine Franchina aident les restaurateurs, commerçants et artisans de la région. Julien Franchina.

Trois jeunes ont décidé de se mobiliser pour soutenir les restaurateurs, commerçants et artisans de leur ville. La solution : un site internet qui propose d’acheter des bons à utiliser à la reprise d’activité. 

« J’ai eu cette idée parce que je suis fils et petit-fils de commerçant », explique Julien Franchina. Cet étudiant en histoire à l’Université Paris Est Créteil (UPEC) a ouvert le site internet Je soutiens Gien le 18 avril 2020. Du nom de cette ville de 15.000 habitants du Loiret, le site internet propose de donner un coup de pouce pour les restaurateurs, les commerçants et les artisans. Le but est simple : soutenir l’activité locale en achetant des bons valables dans les commerces à leur réouverture. « Je ne voulais pas rester passif, je voulais aider », explique-t-il. 

Avec son frère Antoine Franchina et son ami Louis Maussant, ils ont développé le site en seulement quatre jours. Antoine est surveillant dans un collège et Louis étudie la communication. « C’était important pour moi de participer à la solidarité giennoise, dit Antoine avec un sourire. Je suis fier de ce que nous avons accompli. » De son côté, Louis explique : « Antoine et Julien m’ont présenté leur projet et j’ai tout de suite adhéré à l’idée. C’est une solution concrète et immédiate. » Les trois acolytes ont ensuite pris contact avec des restaurateurs, des commerçants et des artisans pour leur faire part de l’initiative. 

Des bons face à un futur incertain

Ce sont 370 bons qui ont été achetés et près de 11.100 euros récoltés au 6 mai. Sur les 63 commerces qui proposent du pré-achat sur le site, 11 sont des restaurateurs. À La Belle Époque, restaurant gastronomique situé sur les hauteurs de la ville, le propriétaire a fait le choix de ne pas rouvrir son restaurant avant la fin du confinement. Pour pallier le manque de revenus, il a décidé de proposer des bons à utiliser à sa réouverture. « On a pu faire un petit peu de chiffres grâce aux bons » déclare Carole Pernaut, propriétaire de La Belle Époque depuis 17 ans ce mois-ci.

Après avoir observé une baisse de son chiffre d’affaires de 50% en mars, Carole Pernaut se réjouit de cet apport financier que représentent les bons. « On réfléchissait depuis longtemps à faire de la vente à emporter, confie-t-elle. Mais on s’est dit que ça serait mieux de commencer après le déconfinement. »

L’avenir reste incertain dans ce restaurant qui représente cinq emplois. « On a fait un prêt garanti par l’État pour assurer l’avenir, soupire-t-elle. Les prochains mois restent une grande interrogation pour nous. On attend juste la date où on pourra rouvrir nos portes. »

« On se sent soutenus »

« On ne sait pas combien de temps va durer la fermeture, alors il faut relancer un petit peu l’activité, glisse Christophe Seillier, cuisinier au Regency. Quand on a été contactés pour rejoindre le site, on a tout de suite accepté. » Trois ans après avoir repris le restaurant, lui et sa compagne Marie-Noëlle Foucault font face à une situation sans précédent. Sur le site Je soutiens Gien, une autre option est possible pour les restaurateurs : la vente à emporter. C’est le choix qu’ont fait les propriétaires du Regency. 

« On a vu ça comme un nouveau challenge », s’exclame Marie-Noëlle Foucault. Lancer un service comme celui-ci en pleine crise est un pari. Les clients commandent par internet ou par téléphone pour ceux qui ne sont pas familiers avec les outils numériques. Ensuite, ils doivent venir chercher les plats devant les portes où Marie-Noëlle a installé deux tables afin de bloquer l’accès. 

Sans masques à disposition, ils les ont cousus eux-mêmes. Son compagnon travaille seul en cuisine, pas de soucis pour appliquer la distanciation sociale donc. « On fait tout pour protéger nos clients, continue-t-elle. Ils doivent nous préciser l’heure à laquelle ils viennent récupérer leurs plats, comme ça, on peut réguler le flux de personnes devant le restaurant. » 

Dans cet établissement de 50 couverts, les fourneaux tournent et les clients sont au rendez-vous. « Les habitués sont venus dès le premier jour de commande à distance, on se sent soutenus, poursuit la propriétaire. On tente de sauver les meubles. » Alors que 40% des restaurateurs pourraient mettre la clé sous la porte à l’issue de cette crise, ce site internet donne un sens à l’attachement des habitants pour leurs restaurateurs locaux.

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