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Pour les frontaliers alsaciens, toujours pas de courses en Allemagne

Le passage sur le pont de l’Europe, qui traverse le Rhin et relie Kehl en Allemagne, et Strasbourg en France, est désormais très limité. Rémi Leblond / Wikipedia Commons)

Malgré le déconfinement progressif opéré dans les deux pays, la frontière entre l’Allemagne et la France reste encore fermée. Une difficulté pour celles et ceux qui ont l’habitude de faire leurs courses outre-rhin, où les denrées alimentaires sont bien moins chères.

Tous les mois, c’est le même rituel pour Annick. Cette mère de quatre enfants, qui vit à Illkirch, dans la banlieue sud de Strasbourg, prend sa voiture et traverse le Rhin pour se rendre à Kehl, en Allemagne. Une heure plus tard, elle est de retour en France, le coffre rempli de courses.   

Nombreux sont les Strasbourgeois à faire leurs courses dans cette ville de 35.000 habitants, collée à la frontière française. Les prix pratiqués dans les supermarchés allemands sont beaucoup moins élevés qu’en France. Dans ces derniers, les prix des denrées alimentaires sont 10% moins chères en moyenne, selon une étude de l’institut de marketing Nielsen pour LSA. Strasbourg et Kehl sont également reliés par un tram depuis 2017, qui fait la liaison entre les villes frontalières en moins de trente minutes.

Mais depuis le 15 mars 2020, le passage de la frontière, libre depuis la signature du traité de Maastricht en 1992, est devenu très réglementé. Il est réservé aux travailleurs frontaliers, ainsi qu’aux personnes justifiant d’une nécessité familiale impérieuse, sous peine d’une amende allant de 250 à 500 euros.

Des paquets de pâtes à 25 centimes

Alors Annick, comme tout le monde, est à nouveau obligée de faire ses courses en France : « Avant le confinement, je me rendais dans les supermarchés français seulement pour faire des achats d’appoint. Cela fait une dizaine d’années que je n’avais plus fait de courses complètes en France ». Sur le dernier mois, elle estime avoir perdu entre quarante et cinquante euros. Une somme importante pour cette assistante maternelle à domicile, dont les revenus ont été impactés par la crise sanitaire, et qui gagne à peine plus que le Smic.

Les habitudes d’achat de Shannu, étudiant en droit à Strasbourg, ont aussi dû évoluer. Le jeune homme est également un habitué des énormes supermarchés situés à la frontière : « Deux fois par mois, je fais des grosses courses chez Aldi (un magasin discount très implanté en Allemagne, spécialisé dans la vente en gros, ndlr). Depuis le centre de Strasbourg, j’en ai pour à peine plus de dix minutes lorsqu’il n’y a pas de bouchons. »

Un panier qui se remplit du simple au double

Une fois qu’il a traversé la frontière, il fait ses courses sur Strassburger Strasse (la rue de Strasbourg en allemand), une énorme artère bordée de casinos (qui sont bien moins réglementés qu’en France), de bureaux de tabacs, et d’une demi-douzaine d’hypermarchés. Dans ces derniers, toutes les publicités et les écriteaux sont traduits en français, et le personnel est totalement bilingue. Selon la mairie de Kehl, 45% des clients des magasins de la ville sont originaires d’Alsace.  

Puisqu’il vit dans le centre de Strasbourg, Shannu est désormais contraint de s’approvisionner dans les petits magasins de centre-ville : « C’est ridiculement cher. On s’en sort avec 50 euros de courses, et on ne tient même pas une semaine ! » Le jeune homme affirme que, lorsqu’il fait ses achats en Allemagne et en France, son panier se remplit du simple au double.

Pas de réouverture de la frontière dans l’immédiat

Le Grand-est et le Bade-Wurtemberg (la région allemande qui jouxte la France), sont deux régions très touchées par l’épidémie de Covid-19 (avec respectivement 23.000 et 35.000 cas). Malgré ces chiffres, le maire de Strasbourg, Roland Riess, s’est dit favorable à la réouverture de la frontière, en qualifiant le retour des contrôles de « bêtise » dans une interview au journal Die Zeit.

Une opinion partagée par Toni Vertrano, le maire de Kehl. Mais la décision appartient aux deux Etats, et non aux édiles. En dépit des mesures de déconfinement, une réouverture de la frontière ne semble pas encore à l’ordre du jour. Allemands comme Français se donnent jusqu’au 15 juin prochain pour se prononcer sur une éventuelle fin des contrôles aux frontières. 

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