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Aux Etats-Unis, une saison des barbecues pas comme les autres

Les fêtes nationales ouvrent également la saison des championnats de barbecue, comme ici à Las Vegas en mai 2011. Tomas Del Coro

Le mois de mai donne le coup d’envoi à la saison des barbecues aux États-Unis. Ces festivités représentent un véritable temps social dans la vie des Américains. Pourtant, cette année, les grands rendez-vous autour du grill n’apparaissent pas comme une priorité.

« C’est sûrement la première fois que je célébrerais la fête nationale chez moi et si peu entourée», constate amèrement Hannah depuis la Caroline du Nord. Dans la famille de cette étudiante américaine de 23 ans, le mois de mai annonce la période des festivités nationales. La fête des mères, des pères, le Memorial Day, le Labour Day, et le très célèbre « 4th of July » rythment la vie sociale des Américains jusqu’en septembre. 

Chez Hannah, le barbecue reste la norme, comme dans de nombreux autres foyers du pays. 75% des Américains possèdent d’ailleurs un barbecue. Cette façon de cuisiner représente « la famille, le rassemblement, et se présente comme l’occasion de se retrouver en grand nombre lors d’évènements spéciaux », explique Kaitland Byrd, sociologue spécialiste de l’alimentation des Etats du Sud des Etats-Unis. Mais plus que des festivités, les barbecues s’affichent comme un temps social incontournable chez les Américains, précise Richard Moss, historien culinaire : « Le barbecue était avant tout un événement politique. Au XXe siècle, les campagnes politiques s’organisaient autour d’immenses barbecues dans les États du Sud. C’est plus que de la simple nourriture, c’est ancré dans notre culture. » 

Maximum dix personnes autour du grill

Hannah réside dans un quartier résidentiel d’une petite ville de Caroline du Nord, un Etat américain où le barbecue représente une véritable institution. Ici, on ne se contente pas de maigres brochettes et saucisses. « La grande tradition de cet État est le porc accompagné d’une sauce au sel, poivre et vinaigre », souligne Kevin Sandrige, créateur d’un podcast dédié à la question du barbecue. 

À lire aussi : L’industrie de la viande connaît une nouvelle fois la crise

Cette année, le Covid-19 vient mettre en péril ces festivités. Dans la majeure partie des Etats américains, les rassemblements sont limités à 10 personnes. Traditionnellement, les barbecues dépassent largement cette limite. Le 4 juillet (le jour de la fête nationale), les retrouvailles autour du grill peuvent concerner une centaine de convives.

« Si on ne se rassemble pas dans le quartier, alors on va dans des festivals et là encore, on mange de la viande au grill. On assiste même à des concours de barbecue », s’exclame Hannah. Habituellement, l’ambiance est « festive, on attend ça avec impatience. C’est un peu le sentiment que tu as quand Noël approche. On sait qu’on va tous se retrouver », s’enthousiasme l’étudiante de 23 ans. Mais cette année, les très prisés festivals de barbecue ont été annulés un à un, et lors des retrouvailles entre voisins, difficile de respecter la distanciation physique. 

Pour Larry Olmsted, écrivain et journaliste culinaire, des parades simples existent pour célébrer en toute sécurité : inviter moins de personnes et utiliser des couverts et ustensiles jetables. Pour cet expert culinaire, « le problème réside dans l’approvisionnement ». 

Les abattoirs, foyers du Covid-19

Alors que le coronavirus est particulièrement virulent dans les abattoirs américains, l’industrie de la viande connaît un ralentissement dans le pays. Les grandes surfaces américaines craignent une rupture des stocks. Certains fast foods se retrouvent à cours de burgers. Le spécialiste de la vente en gros Costco, a prévenu limiter sa vente de viande à trois articles. D’autres grandes surfaces du pays, comme Kroger et Wegmans, ont également suivi le mouvement. 

« Les employés des abattoirs font partie des individus les plus touchés par le virus », constate Richard Moss, historien culinaire. Un rapport du US Centers for Disease Control and Prevention fait état de 5.000 employés de ce secteur infectés par le Covid-19. Le président américain, Donald Trump, a signé un décret le 28 avril dernier, ordonnant aux abattoirs et aux usines de transformation de viande de rester ouverts. Selon le syndicat américain United Food and Commercial Workers, plus de 20 usines de viande auraient fermé depuis mars.

Face à cette situation, Hannah assure qu’elle « n’hésitera pas à réduire sa consommation de viande ». Pour l’étudiante, cette année, la tendance ne sera pas aux immenses barbecues, mais davantage aux festivités en petit comité. Prochaine échéance : le 25 mai avec le Memorial Day qu’elle envisage de célébrer par visioconférence.

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